Le directeur de Switcher, Marc Joss, dévoile ses calculs pour les prix des t-shirts
Publié parSwitcher Content le 24 janvier 2026Blick, 18 janvier 2026 – Milena Kälin
Le reproche : les fabricants suisses produiraient leurs marchandises à bas prix en Asie et en tireraient des bénéfices considérables. Le problème : les consommateurs confondent souvent marge et bénéfice. Le directeur de Switcher, Marc Joss, clarifie les choses et révèle ce qu'il gagne sur un t-shirt.
Des chaussures à 12 francs ou un t-shirt à 3 francs : de nombreux Suisses commandent régulièrement sur des boutiques en ligne asiatiques telles que Temu et Shein, qui proposent des prix ultra-bas. En 2024, ces boutiques ont déjà réalisé un chiffre d'affaires cumulé de près d'un milliard de francs en Suisse, et les ventes devraient encore augmenter en 2025.
De nombreux consommateurs sont d'accord : acheter chez Temu en vaut la peine. Après tout, les fabricants suisses font également produire leurs marchandises à bas prix en Asie et s'enrichissent considérablement. Marc Joss (49 ans), directeur général de Switcher, souhaite désormais mettre définitivement fin à ce « malentendu ».
« Beaucoup de gens confondent marge et bénéfice », explique Joss dans un entretien avec Blick. Le t-shirt Bob, vendu au prix de 21 francs, est produit de manière durable en Inde par Switcher pour un coût compris entre 4,50 et 5,50 francs, selon la couleur. Mais l'argent restant doit encore couvrir toute une série d'autres coûts. « Une grande partie du prix de vente n'est pas consacrée au bénéfice, mais à la logistique, au loyer, au personnel, au marketing, aux retours et aux impôts », calcule Joss. « Au final, il reste un bénéfice net compris entre 1,50 et 3,00 francs par t-shirt. » Cet argent est ensuite investi dans le développement de nouvelles collections et sert de réserve financière.

Switcher réalise environ 40 % de son chiffre d'affaires avec des clients professionnels : comme ceux-ci commandent ces vêtements de travail et d'association en grandes quantités, le prix de vente est nettement inférieur, à environ 8 francs. Malgré des coûts de marketing moins élevés, Switcher ne réalise que des marges minimes avec ses clients professionnels. Ce n'est que grâce à la vente en ligne et en magasin aux clients que les comptes sont équilibrés.
De petites quantités pour la petite Suisse
Les distributeurs suisses tels que Switcher sont désavantagés par rapport aux grands producteurs asiatiques ou nord-américains. Ils produisent en effet des quantités beaucoup plus faibles : les prix des matériaux, les coûts de production et la logistique sont donc plus élevés à l'unité pour les fabricants suisses. « Pour des marques telles que Switcher, cela signifie moins de marge de manœuvre au niveau des prix d'achat, mais en contrepartie plus de flexibilité, un meilleur contrôle et moins de surproduction », poursuit Joss.
Le directeur général comprend tout à fait que les personnes et les familles disposant d'un budget plus modeste se tournent vers ces plateformes. Mais c'est précisément là qu'il voit le danger : « Si de plus en plus de personnes achètent directement sur des plateformes étrangères, la valeur ajoutée, les emplois et les recettes fiscales s'en vont à l'étranger. Cela affaiblit la place économique suisse. » Il ne faut donc pas oublier les conséquences à long terme de ce comportement de consommation.
À l'avenir, Switcher souhaite donc proposer davantage de surfaces de vente physiques en plus du commerce en ligne. En décembre, Joss a ouvert un premier magasin à Winterthur (ZH), etneuf autres devraient suivre.
Pour endiguer le flot de colis, Joss ne préconise pas un cloisonnement, mais une concurrence équitable : « Quiconque souhaite vendre en Suisse ou en Europe doit respecter les mêmes règles en matière de TVA, de douanes, de sécurité des produits et de normes environnementales. » Il estime donc que les responsables politiques ont un rôle à jouer.
24 interventions en suspens
Selon la Swiss Retail Federation, 24 initiatives politiques traitant de thèmes tels que la sécurité des produits sur les plateformes étrangères sont actuellement en suspens. La directrice Dagmar Jenni (57 ans) met désormais tout en œuvre pour que celles-ci soient « enfin » traitées lors de la session de printemps : « La lutte pour l'égalité des chances entre tous les acteurs du marché, notamment face aux places de marché en ligne étrangères, reste une priorité absolue pour le commerce de détail suisse. »
Bernhard Egger (57 ans), directeur général de l'association commerciale Swiss, continue également de se battre pour l'égalité des chances. Il se demande pourquoi les plateformes étrangères peuvent importer sans conséquence des marchandises contenant des substances toxiques en Suisse. Ou pourquoi ces plateformes ne doivent pas payer de taxe de recyclage pour les appareils électroniques, contrairement aux commerçants suisses. Le Conseil fédéral a certes reconnu le problème, mais renvoie à la responsabilité individuelle des consommateurs. « Pour nous, ce n'est pas une option », déclare M. Egger. Il reste maintenant à voir si les responsables politiques prendront des mesures au printemps.































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